Victor Fauré a trente ans quand la Première Guerre mondiale entre dans sa vie… Comme elle entre dans celle de tous ses amis du Gers. Une visiteuse qui ne leur apportera que tristesse et désolation. Né le 18 mai 1884 à Noilhan, village situé à une quarantaine de kilomètres de Auch, Victor est agriculteur à Savignac-Mona quand il est rappelé sous les drapeaux. Il rejoint à Mirande le 88e régiment d’infanterie, composé essentiellement de gars du Sud-Ouest (Gers, landes, Hautes-Pyrénées). Les Ardennes, la Marne, la Champagne, le 88e RI est plongé dans de terribles combats. Le froid, la boue, la mort, Victor et ses amis ont perdu presque tous leurs repères ; il ne reste que l’accent pour entretenir le moral.
En avril 1915, le 88e RI arrive en Artois à Roclincourt, il va y écrire les pages les plus dramatiques de son histoire. À l’aube du 9 mai 1915, les bataillons du 88e se lancent à l’attaque générale « pour dégager l’étreinte qui pèse sur Arras ». Hélas, les objectifs ne sont pas atteints et 1 500 Gascons sont tués. Un monument à la mémoire des 88e et 288e RI sera d’ailleurs inauguré à Roclincourt le 2 août 1953 ; monument réalisé grâce aux souscriptions publiques avec l’aide entre autres du conseil général du Gers.
Le 2e classe Victor Fauré est blessé le 16 mai 1915. « J’ai vu son nom dans le journal de marche du régiment », explique Serge Frater qui depuis 2003 tente de retracer le parcours du soldat de Noilhan. Soldat tué à l’ennemi le 8 juillet 1915 à Saint-Nicolas. Est-il décédé des suites de ses blessures ? Était-il retourné au front ? « Victor est le grand-père de mon épouse. Quand il est mort, son fils avait un an. Sa veuve s’est remariée, parler du soldat devint un sujet tabou. » En 2003, les Frater partent à la recherche de la tombe de Victor. Ils vont « monter » quatre fois dans le Pas-de-Calais ! Avec une terrible déception à la clé : « Nous sommes allés à la nécropole nationale de Lorette. Il y avait bien la tombe d’un Victor Fauré mais c’était un homonyme. Le matricule n’était pas le bon. » Office des anciens combattants, historiens locaux, etc. : le couple frappe à toutes les portes. En vain. « On nous a dit qu’il est peut-être dans un ossuaire mais nous avons des témoins de son décès, cités dans un acte rédigé le 20 juillet 1915 à Wanquetin ». Aujourd’hui, les Frater sont décidés à revenir en Artois et à « visiter » tous les cimetières civils autour de Roclincourt et Saint-Nicolas avec l’espoir de trouver le nom de leur grand-père. Ils sont aussi à l’affût de renseignements, de pistes nouvelles. Si Victor Fauré n’a pas de tombe connue, par contre son nom figure sur deux monuments aux morts : Noilhan et Savignac-Mona.
Contact : sergefrater@orange.fr
Légende : le monument de Roclincourt à la mémoire des 88e et 288e RI. Depuis quelques années, Roclincourt est jumelée avec une commune du Gers, Montesquiou.
18 septembre 2009 à 15:23 |
tres intiresno, merci