Hommage à John McCrae à Wimereux

27 octobre 2008

Dans les champs des Flandres, les coquelicots ondoient parmi les croix alignées, qui marquent notre emplacement ; et dans le ciel les alouettes volent, chantant toujours bravement mais à peine audibles parmi l’aboiement des canons. In Flanders fields est le poème anglais le plus célèbre de la Grande Guerre ; celui qui fit du coquelicot – poppy – le symbole des soldats de l’Empire britannique tombés lors des hostilités ; la fleur du souvenir. John McCrae rédigea ce poème le 5 mai 1915. Chirurgien de brigade au sein du Corps expéditionnaire canadien, il se trouvait dans le saillant d’Ypres, confronté presque à chaque instant à l’horreur. Dans son abri, John McCrae voyait défiler des centaines de blessés, notamment ceux touchés par les gaz, utilisés pour la première fois par les Allemands en avril. « We are the Dead. Short days ago we lived, felt dawn, saw sunset glow, Loved and were loved, and now we lie In Flanders fields. » En décembre 1915, In Flanders fields fut publié dans le magazine anglais Punch ; sa célébrité augmentant de jour en jour alors que la guerre se poursuivait.
Médecin, soldat et poète, John McCrae naquit à Guelph (Ontario) le 30 novembre 1872. Il effectua de brillantes études de médecine, avec à la clé un doctorat décroché en 1898. L’année suivante, il recevait une bourse pour faire des études de pathologie à l’université McGill de Montréal… Études que McCrae reporta afin de participer à la guerre des Boers en Afrique du Sud. Revenu au Canada en 1901, le « médecin le plus doué de sa génération » s’orienta vers la médecine clinique. Publiant régulièrement des poèmes dans des revues universitaires.
En 1914, décidé « à combattre l’injustice coûte que coûte », John McCrae rejoignit le Corps expéditionnaire canadien. Neuve-Chapelle, Ypres, les champs de bataille des Flandres. En juin 1915, le lieutenant-colonel McCrae devint le médecin chef de l’hôpital général canadien n° 3 à Boulogne-sur-Mer, y retrouvant d’ailleurs des collègues de l’université de Montréal et logeant sous la tente comme les soldats les plus humbles. Le chirurgien désapprouva d’ailleurs la visite de la reine d’Angleterre parce qu’elle troublait le fonctionnement de l’hôpital. Usé par les interventions, et par la guerre tout simplement, McCrae tomba malade au début de l’année 1918 : pneumonie doublée d’une méningite. Il mourut le 28 janvier 1918, quatre jours après avoir été nommé médecin consultant auprès de la 1ère armée britannique – le premier Canadien à ce poste. John McCrae fut inhumé au cimetière militaire de Wimereux, le cortège étant emmené par son cheval « Bonfire ».
En 2007, la Royal British Legion Factory Ltd a fabriqué 38 millions de coquelicots artificiels, 100 000 couronnes et 900 000 croix du Souvenir !

À l’occasion des commémorations du 90e anniversaire de la fin de la Grande Guerre, la mémoire du médecin, soldat et poète John McCrae sera honorée au cimetière de Wimereux le mardi 11 novembre à 15 h 45 en présence notamment de Dominique Dupilet, président du conseil général du Pas-de-Calais. À 16 h 30, dans les salons des Jardins de la Baie Saint-Jean (rue Sainte-Adrienne à Wimereux), les écrits de différents poètes, acteurs de cette catastrophe humaine (dont Wilfried Owen et John McCrae), seront lus par le Quatuor Nemrana, accompagnés d’œuvres musicales originales composées par de jeunes créateurs inspirés par le sujet. « Des plumes contre les canons », entrée libre.


Victor Fauré et les Gascons de la Grande Guerre

16 octobre 2008

Victor Fauré a trente ans quand la Première Guerre mondiale entre dans sa vie… Comme elle entre dans celle de tous ses amis du Gers. Une visiteuse qui ne leur apportera que tristesse et désolation. Né le 18 mai 1884 à Noilhan, village situé à une quarantaine de kilomètres de Auch, Victor est agriculteur à Savignac-Mona quand il est rappelé sous les drapeaux. Il rejoint à Mirande le 88e régiment d’infanterie, composé essentiellement de gars du Sud-Ouest (Gers, landes, Hautes-Pyrénées). Les Ardennes, la Marne, la Champagne, le 88e RI est plongé dans de terribles combats. Le froid, la boue, la mort, Victor et ses amis ont perdu presque tous leurs repères ; il ne reste que l’accent pour entretenir le moral.
En avril 1915, le 88e RI arrive en Artois à Roclincourt, il va y écrire les pages les plus dramatiques de son histoire. À l’aube du 9 mai 1915, les bataillons du 88e se lancent à l’attaque générale « pour dégager l’étreinte qui pèse sur Arras ». Hélas, les objectifs ne sont pas atteints et 1 500 Gascons sont tués. Un monument à la mémoire des 88e et 288e RI sera d’ailleurs inauguré à Roclincourt le 2 août 1953 ; monument réalisé grâce aux souscriptions publiques avec l’aide entre autres du conseil général du Gers.
Le 2e classe Victor Fauré est blessé le 16 mai 1915. « J’ai vu son nom dans le journal de marche du régiment », explique Serge Frater qui depuis 2003 tente de retracer le parcours du soldat de Noilhan. Soldat tué à l’ennemi le 8 juillet 1915 à Saint-Nicolas. Est-il décédé des suites de ses blessures ? Était-il retourné au front ? « Victor est le grand-père de mon épouse. Quand il est mort, son fils avait un an. Sa veuve s’est remariée, parler du soldat devint un sujet tabou. » En 2003, les Frater partent à la recherche de la tombe de Victor. Ils vont « monter » quatre fois dans le Pas-de-Calais ! Avec une terrible déception à la clé : « Nous sommes allés à la nécropole nationale de Lorette. Il y avait bien la tombe d’un Victor Fauré mais c’était un homonyme. Le matricule n’était pas le bon. » Office des anciens combattants, historiens locaux, etc. : le couple frappe à toutes les portes. En vain. « On nous a dit qu’il est peut-être dans un ossuaire mais nous avons des témoins de son décès, cités dans un acte rédigé le 20 juillet 1915 à Wanquetin ». Aujourd’hui, les Frater sont décidés à revenir en Artois et à « visiter » tous les cimetières civils autour de Roclincourt et Saint-Nicolas avec l’espoir de trouver le nom de leur grand-père. Ils sont aussi à l’affût de renseignements, de pistes nouvelles. Si Victor Fauré n’a pas de tombe connue, par contre son nom figure sur deux monuments aux morts : Noilhan et Savignac-Mona.

Contact : sergefrater@orange.fr

Légende : le monument de Roclincourt à la mémoire des 88e et 288e RI. Depuis quelques années, Roclincourt est jumelée avec une commune du Gers, Montesquiou.


Le brave « Padre » de Bucquoy

14 octobre 2008

Ce dimanche 19 octobre 2008, dans l’église d’un village du nord-ouest de l’Angleterre, Hutton Roof, un « Thanksgiving Service » sera célébré à la mémoire du Révérend Theodore Bayley Hardy. Il y a quatre-vingt-dix ans (le 18 octobre pour être précis), cet aumônier militaire s’éteignait à l’hôpital de Rouen où il avait été admis après avoir été blessé huit jours plus tôt lors de la bataille de la Selle. « On prononcera toujours son nom avec respect », écrivait le colonel Hitch à la famille du révérend. Theodore Bayley Hardy est toujours considéré comme l’un des non-combattants « le plus décoré » de la Première Guerre mondiale. Un aumônier militaire vraisemblablement pacifiste dans l’âme. C’est dans le Pas-de-Calais, près de Bucquoy, à l’est de Gommecourt que le « Padre » comme l’appelaient les hommes du 8e bataillon du régiment du Lincolnshire, glana la Victoria Cross – la plus haute des distinctions militaires du Commonwealth. À trois reprises, les 5, 25 et 27 avril 1918, faisant fi des bombardements et de la mitraille, le vaillant révérend avait porté secours à des blessés. La première fois, alors qu’il suivait une patrouille attaquant un poste ennemi, le « Padre » soutint un officier sérieusement touché à quatre cents de ses lignes et le ramena dans son camp, ignorant les tirs des mitrailleuses. La deuxième fois, le révérend Hardy « déterra » deux hommes recouverts de terre et de cailloux après des bombardements : il sauva l’un des deux, l’autre mourut avant l’arrivée des secours. La troisième fois, avec un sergent, il alla chercher un soldat blessé, étendu à dix mètres d’une casemate allemande.
La 9 août 1918, le roi d’Angleterre lui remettait la Victoria Cross à Frohen-le-Grand, l’incitant fortement à quitter le front… Mais le révérend Hardy, 55 ans, refusa de « quitter les garçons ». D’ailleurs, il avait toujours voulu être au plus près de la mort et de la souffrance. Nommé aumônier du camp d’Étaples au milieu de l’année 1916, il fit des pieds et des mains pour que les autorités militaires le mutent dans les tranchées ! Et en décembre 1916, le « Padre » était affecté au 8e Lincolns à Vieille-Chapelle. Combien de fois, les Tommies passant des nuits entières dans les tranchées des Flandres (Ypres, Passchendaele) entendirent-ils la voix familière du « Pilote du ciel » apportant cigarettes et bonbons en disant : « N’ayez pas peur les gars, ce n’est que moi ! » Combien de fois le virent-ils soutenir les blessés recouverts de boue, prier avec les mourants.

Légende : Theodore Bayley Hardy avait vu le jour le 20 octobre 1863 à Exeter. Trois aumôniers militaires reçurent la Victoria Cross durant la Grande Guerre.


Historial de la Grande Guerre à Péronne

3 octobre 2008

Le 11 novembre 1918, prenait fin la Première Guerre mondiale. Depuis 90 ans, nous continuons de commémorer cet anniversaire. Pourtant, peu à peu, les traces de la Grande Guerre dans le paysage des villes et des campagnes s’effacent inexorablement. Quel sens prend alors cette commémoration pour les Français de 2008, à l’heure de la construction d’une citoyenneté européenne ? L’Historial de la Grande Guerre à Péronne (Somme), en privilégiant une vision européenne du premier conflit mondial, lieu emblématique, proposera du 15 octobre au 14 décembre un ensemble de manifestations sur ce questionnement : une exposition de photographies contemporaines de Patrick Tourneboeuf et Jean Richardot, une installation d’œuvres de paix réalisées par des élèves des écoles primaires de la circonscription de Péronne, et un colloque du Centre de recherche.

Des photographies
Le premier photographe, Patrick Tourneboeuf, s’intéresse aux traces visibles, urbaines et édifiées. Le second, Jean Richardot, recherche les traces oubliées, enfouies et cachées des sites des anciens champs de bataille. Ils ont en commun de montrer à quel point les traces de la guerre de 1914-1918 restent présentes dans notre monde aujourd’hui tout en paraissant oubliées de la société. L’errance géographique des photographes, à travers la France pour Patrick Tourneboeuf et le long du front Ouest pour Jean Richardot, nous invite à imaginer le devenir des traces et lieux de mémoire âgés de 90 ans.

Œuvres de paix - Regards d’enfants
Une journée de commémoration inédite à l’Historial se tiendra la semaine du 11 novembre, autour des œuvres de paix réalisées par des élèves des écoles primaires de la circonscription de Péronne, et qu’enfants et enseignants installeront autour du bâtiment contemporain de l’Historial. Ce projet, réalisé avec le service éducatif de l’Historial et l’Éducation Nationale, vise à faire réfléchir les enfants au sens que prend le mot « commémorer » aujourd’hui.

« Consentement » et « contrainte »
Le colloque international du Centre de recherche de l’Historial « Dans la guerre (1914-1918) : accepter, endurer, refuser » aura lieu les 7, 8 et 9 novembre. La dichotomie entre « consentement » et « contrainte » a pris une certaine importance dans les débats récents portant sur l’expérience des sociétés pendant la Première Guerre mondiale. Ce colloque a donc pour ambition de reformuler la problématique de l’engagement des populations dans le conflit à travers une approche renouvelée. Informations et réservation : Caroline Fontaine, directrice du Centre de recherche

Rens. www.historial.org


Les automitrailleuses de Raymond Brutinel

1 octobre 2008

La rédaction de L’Écho du Pas-de-Calais travaille activement à la réalisation d’un numéro spécial « 90e anniversaire de la fin de la Grande Guerre ». Un journal de 24 pages distribué dans les boîtes aux lettres début octobre 2008 et entièrement consacré aux différentes nationalités qui sont venus combattre ou travailler dans notre département durant la Première Guerre mondiale. Pour reprendre les termes de Xavier Boniface, professeur de l’université du Littoral, « le Pas-de-Calais était un condensé du monde en guerre : des dizaines de nationalités s’y côtoyant ». Nos recherches sont passionnantes ; elles nous rappellent que cette Grande Guerre fut une « boucherie », elles nous entraînent vers d’incroyables histoires de soldats, des histoires d’hommes tout simplement. Un de nos plus fidèles informateurs vit en Ontario : Michel Gravel, 41 ans, est devenu une référence dans le domaine de la présence canadienne sur le front occidental. Chaque semaine, Michel nous livre des pistes étonnantes…
La dernière en date : le parcours de Raymond Brutinel. Un Français qui a combattu dans les rangs de l’armée canadienne ! Né dans l’Aude en 1882, Raymond Brutinel part à la conquête de l’Ouest canadien en 1905. Et il fait fortune, arpentant le tracé du Grand Trunk Railway. Il devient même le rédacteur en chef du Courrier de l’Ouest à Edmonton. La guerre éclate et Raymond Brutinel utilise une partie de sa fortune pour créer et entretenir une brigade d’automitrailleuses… Unité qui intervient sur le front occidental sous son commandement. Il avait obtenu l’autorisation de garder la nationalité française et de combattre aux côtés des alliés du Commonwealth. Protagoniste de la guerre de mouvement, il fait appliquer le tir indirect – une trajectoire courbe – aux Canadiens et aux Anglais, notamment lors de la bataille de Vimy. Ses automitrailleuses contribuent à stopper l’offensive allemande de mars 1918. Revenu en France après l’Armistice, Raymond Brutinel mettra sur pied durant la Seconde Guerre mondiale un réseau d’évasion de pilotes et de prisonniers.
Il s’éteint le 21 septembre 1964 dans le château de Couloumé-Mondebat (Gers) qu’il avait racheté. Le brigadier-général Raymond Brutinel avait conservé de nombreuses attaches avec le Canada.

Légende : Une des automitrailleuses de la brigade créée par Raymond Brutinel.


Les Indiens de la colline de Vimy

1 octobre 2008

Un tiers des onze mille Indiens du Canada (Iroquois, Mohawks, Ojibwas, Bloods…) en âge de rejoindre les rangs de l’armée, a participé à la Première Guerre mondiale. Loin des réserves, des esprits et des croyances ? Pas vraiment… Voici l’histoire de deux frères, Indiens Bloods (Pieds-Noirs) mêlés à cette Grande Guerre. Né dans l’Alberta le 25 décembre 1893, Albert Mountain Horse fréquenta l’école de la mission anglicane proche de sa réserve puis une école militaire de Calgary. Début septembre 1914, il se porta volontaire dans le Corps expéditionnaire canadien, peut-être la première recrue autochtone de l’Alberta. En avril 1915, Albert participa à la 2e bataille d’Ypres. Deux fois gazé par la suite, il fut hospitalisé et renvoyé au Canada en novembre. Mais il mourut de la tuberculose le lendemain de son arrivée à Québec. Lors des obsèques, des ancêtres entonnèrent des chants guerriers… Et ses frères s’enrôlèrent à leur tour dans l’armée canadienne. Joe Mountain Horse fut blessé à Arras en 1917. Incorporé dans le 50e bataillon en 1917, Mike, né en 1888, se retrouva pour son baptême du feu sur la crête de Vimy. Il écrivit plus tard : « Une nuit, en haut de cette colline de Vimy, entouré de frères Indiens, j’écoutais l’assourdissant bourdonnement des bombardements ennemis sur les lignes alliées et je me suis demandé où était le Dieu dont nous parlaient les hommes blancs et auquel ils voulaient nous faire croire ? Pourquoi permettait-Il toutes ces destructions ? Et j’ai prié pour qu’Il ramène les nations à la raison. »
En octobre 1917, près de Cambrai, Mike Mountain Horse fut recouvert de terre et de pierres dans une tranchée lors d’un bombardement… Et libéré quatre jours plus tard, l’un des rares survivants de son régiment. Blessé à deux reprises, il captura un poste d’artillerie allemande, vêtu des peintures et motifs de la Nation Blackfoot. Sur le front, dans les tranchées, les Indiens n’avaient pas délaissé leurs coutumes tribales. Ainsi en 1917, Mike Mountain Horse et George Strangling Wolf se retrouvèrent dans un clairière pour invoquer l’esprit du soleil et obtenir sa protection avant la bataille. Strangling Wolf arracha avec un couteau un morceau de peau de son genou, le pointa vers le soleil et l’enterra : « Aide-moi Soleil à survivre à cette terrible guerre et je t’offre mon corps comme nourriture ». Les deux Indiens survécurent ! Après la guerre, Mike entra la police montée, travailla pour les chemins de fer et entama une carrière d’écrivain et de journaliste. Il mourut en 1964, une école de l’Alberta porte son nom.

Source : World War One, Five Continents in Flanders (Musée In Flanders Fields à Ypres).


La charge du caporal Joseph Kaeble

1 octobre 2008

Joseph Kaeble est une grande figure de l’histoire militaire canadienne, un véritable héros ! Une rue porte son nom à Québec, à Rimouski, à Sayabec, sans oublier le Mont-Kaeble à Saint-Gabriel-de-Valcartier… Ce caporal de la Grande Guerre fut le premier soldat francophone à obtenir la Victoria Cross. Décédé à Neuville-Vitasse le 9 juin 1918 et inhumé dans le cimetière de Wanquetin. Descendant d’un soldat de Mayence (Allemagne), arrivé dans la province de Québec au 18e siècle, Joseph Kaeble vit le jour à Saint-Moïse le 5 mai 1892. Enfant, il perdit son père et alla vivre à Sayabec où il travailla plus tard dans une scierie. En 1916, il n’hésita pas à s’enrôler dans le 189e bataillon d’infanterie et le 27 septembre il s’embarquait pour l’Angleterre où il passa au 69e bataillon. Arrivé en France, le 13 novembre, il rejoignit le 22e bataillon – le seul bataillon canadien français à se battre sur le continent, dont les hommes étaient appelés les « Van Doos » – qui avait grand besoin de renforts et se réorganisait à Bully-Grenay. Les « Van Doos » passèrent l’hiver dans le secteur entre Arras et Lens et prirent part en avril 1917 à la bataille de Vimy. À la fin de ce mois d’avril Joseph Kaeble fut blessé à l’épaule et hospitalisé à Boulogne-sur-Mer. Le 25 mai, il retrouva le 22e et son poste de mitrailleur, participant à la bataille de la Cote 70 à Lens en août, à celle de Passendale en octobre. En mars 1918, son unité occupa le secteur de Neuville-Vitasse et Mercatel ; Joseph « Keb » (son surnom) étant promu caporal en avril. Le 8 juin 1918, les Allemands attaquèrent violemment dans ce secteur avec barrage d’artillerie. « Au poste défendu par la section de mitrailleuses du caporal Kaeble, la résistance fut vraiment héroïque, écrit Jacques Castonguay dans un article du Dictionnaire biographique du Canada en ligne. Environ cinquante ennemis s’élancèrent vers son poste. Toute sa section moins un homme avait subi des blessures. Le caporal Kaeble sauta au-dessus le parapet et tenant sa Lewis à la hanche, tira chargeur après chargeur en direction des rangs ennemis et quoiqu’il fût plusieurs fois blessé par des fragments d’obus et de bombes, ne cessa plus de tirer. Il arrêta net l’offensive ennemie. Finalement, tout en continuant de tirer, il tomba à la renverse dans une tranchée, mortellement blessé. Étendu sur le dos, il tira ses dernières cartouches vers les Allemands en train de regagner leurs lignes. Enfin, avant de s’évanouir, il cria aux blessés qui l’entouraient : “Tenez bon les gars, ne les laissez pas passer. Il nous faut les arrêter “. Transporté à l’hôpital, le caporal Joseph Kaeble mourut de ses blessures le lendemain soir ». Il reçut la Croix de Victoria à titre posthume.

Légende : Le buste du caporal Kaeble au Monument aux Valeureux à Ottawa.


Le héros irlandais de Cuinchy

1 octobre 2008

À Cuinchy, le 20 septembre dernier, un circuit pédestre commenté par le club d’histoire local a permis de découvrir ou redécouvrir la bataille de La Bassée, le cimetière militaire et la Victoria Cross de Micheal O’Leary.
Le 1er septembre 1915, à Cuinchy, un « Lance-Corporal » du 1er bataillon des Irish Guards de l’armée britannique accomplissait un acte de bravoure qui allait lui valoir d’obtenir la plus prestigieuse des décorations. Seul, O’Leary s’empara d’une position ennemie ; d’abord en tuant cinq Allemands qui tenait la première barricade, puis en attaquant une seconde barricade cinquante mètres plus loin, tuant encore trois ennemis et faisant deux prisonniers ! Une affiche représentant le héros irlandais fut diffusée par l’armée britannique : « 1 Irishman defeats 10 Germans ». Michael, promu sergent, et son père Daniel O’Leary sillonnèrent la région de Cork afin d’exhorter les jeunes à rejoindre l’armée britannique, alors que les Nationalistes s’opposaient farouchement au recrutement. Il était très populaire. Michael retrouva les champs de bataille, à Salonique.
Né en 1888 à Inchegeelagh, Michael O’Leary avait intégré la Royal Navy en 1904 la quittant à cause de rhumatismes aux genoux. Fermier durant un temps, incorporé dans les Irish Guards, il émigra au Canada en 1910 et tenta sa chance dans la police montée et revint servir au sein des Irish Guards en novembre 1914. Après le conflit, le héros irlandais se maria, eut sept enfants, vécut à nouveau quelques années au Canada : inspecteur dans la police de l’Ontario jusqu’en 1925 ; partit dans la police du Michigan aux Etats-Unis et s’installa ensuite à Londres travaillant pour un grand hôtel. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Michael O’Leary n’hésita pas à s’engager et finit avec le grade de major. Entrepreneur en bâtiments jusqu’à sa retraite en 1954, il mourut en 1961.
Chaque année, lors du 11-Novembre, à Dublin, Cork, les Irlandais se souviennent de Michael O’Leary, leur héros de la Grande Guerre.


Walter Tull, « Black Hero » tué à Favreuil

1 octobre 2008

Une histoire extraordinaire. Une histoire capable de faire taire tous ceux qui véhiculent d’abjectes idées racistes… La vie de Walter Tull est un hymne à la tolérance et à la différence. Une trop courte vie partagée entre football et Grande Guerre. Walter Tull avait la peau noire et il dut faire preuve d’un grand courage, d’abnégation aussi pour devenir l’un des premiers footballeurs professionnels noirs de Grande-Bretagne – le deuxième selon les spécialistes – et le premier officier noir de l’armée britannique ! Fils d’un menuisier de la Barbade (île des Caraïbes) venu en 1876 travailler et se marier dans le Kent, Walter Tull vit le jour à Folkestone le 28 avril 1888. Il perdit sa mère à l’âge de sept ans et son père deux ans plus tard, se retrouvant dans un orphelinat à Londres avec son frère. Walter montra très vite des dispositions pour le football. En 1908, délaissant ses études d’imprimeur, il signa pour le Clapton FC ; effectua une tournée en Argentine et Uruguay et fut recruté par le club pro de Tottenham Hotspur en septembre 1909. Toutefois, après quelques apparitions en équipe première, il fut mis sur la touche : les fans des équipes adverses multipliant les attaques racistes. Walter Tull fut transféré en octobre 1911 à Northampton Town : là il connu 110 sélections, marqua 9 buts.

Quand la Grande Guerre éclata, Walter mit sur le champ sa carrière sportive de côté pour s’engager dans l’un des deux bataillons de footballeurs du Middlesex Regiment, le 17th qui arriva en France en novembre 1915. Ses qualités de leader furent très vite reconnues ; promu sergent, il participa à la terrible bataille de la Somme, Walter devint lieutenant en mai 1917. Le premier officier noir d’une armée dont le manuel de législation militaire précisait que « les Nègres étaient exclus des postes de commandement ».
Combattant en Italie, bataille de Piave, il revint sur le front du nord de la France en 1918. Il fut tué le 25 mars 1918 durant la dernière offensive allemande de la Grande Guerre, dans le no man’s land près de Favreuil (village du Pas-de-Calais). Ses hommes, qui l’adoraient, tentèrent, en vain, de ramener son corps dans les tranchées britanniques… Puis il ne fut jamais retrouvé. Walter Tull avait 29 ans. Son souvenir est perpétué au Mémorial britannique d’Arras.
En 1999, un mémorial Walter-Tull fut inauguré à Northampton Town ; et aujourd’hui encore – plus que jamais – le nom de ce petit-fils d’ancien esclave est associé au « black British heritage », à l’égalité des races. Une campagne a même été lancée pour l’érection d’une statue en son honneur à Douvres.


De Vimy à Cagnicourt : Masumi Mitsui, Japonais ou Canadien ?

1 octobre 2008

Dans le cadre du 90e anniversaire de la fin de la Grande Guerre, L’Écho du Pas-de-Calais prépare un numéro spécial consacré à toutes les nationalités, toutes les cultures présentes dans notre département de 1914 à 1918. Ils sont venus du monde entier, des cinq continents pour se battre, travailler, souffrir, mourir en Artois, en Gohelle, dans le Boulonnais, du côté de la Lys… Français, Anglais, Allemands, Canadiens, Australiens, Portugais, Algériens mais aussi Chinois, Américains ! Au fil de nos recherches, nous rencontrons des histoires extraordinaires. Intenses, dramatiques, étonnantes. Des parcours, des vies bouleversés, secoués. Des chocs aussi. Nous avons choisi de vous livrer quelques portraits saisissants.

De Ypres à Vimy en passant par la Somme, la Scarpe ou la Sensée : 619 000 hommes ont combattu au sein du Corps expéditionnaire canadien, Canadian Expeditionary Force. Beaucoup d’immigrants bien sûr, on estime que près de la moitié des effectifs de ce corps était née en Grande-Bretagne. Puis des Francophones (Québec), des Russes, des Ukrainiens, des Scandinaves, des Suissses… Et des Japonais !

Près de deux cents Japonais – 196 exactement – ayant émigré au Canada et notamment en Colombie britannique, sur la côte ouest, rejoignirent la CEF ; tous volontaires, espérant prouver leur loyauté envers leur nouvelle patrie. Incorporés dans les bataillons anglophones en Alberta, ils voguèrent vers l’Europe. L’un des ces soldats nippo-canadiens s’illustra à lors de la 3e bataille d’Ypres avec le 10e bataillon d’infanterie puis à Vimy en avril 1917. Le sergent Masumi Mitsui, né le 7 octobre 1887, installé à Port Coquitlam près de Vancouver, y décrocha la Médaille militaire. Il fut aussi présent dans les combats autour du canal du Nord en septembre 1918. Sur ces 196 volontaires, 53 furent tués et 92 blessés.

Revenu au « pays », obtenant le droit de vote en 1931, Masumi Mitsui fit prospérer un élevage de volaille… qui lui fut confisqué, comme tous ses biens, lors de la Seconde Guerre mondiale. En effet après l’attaque surprise sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941, il fut séparé de ses enfants et interné dans des camps comme 22 000 autres Canadiens japonais jugés « étrangers hostiles ». Comparaissant devant une commission de sécurité, le vétéran, furieux, fouilla dans sa poche, récupéra ses médailles et les jeta sur le sol en disant : «  À quoi sont-elles bonnes ! » Une triste expérience dont qui devait le laisser très amer… Ce n’est qu’en 1985 que le gouvernement canadien s’excusa pour les actions commises contre ces « citoyens » d’origine japonaise et le 2 août de cette année là Masumi ralluma la flamme du monument qui avait été construit en 1920 à Vancouver (Stanley Park) pour rendre hommage aux deux cents soldats de la Grande Guerre. La flamme avait été éteinte après Pearl Harbor. Le sergent Matsui est décédé le 22 avril 1927, quelques mois avant son centenaire.

Le 8 septembre 2003, David Mitsui, petit-fils du sergent, était invité par le Canadien Michel Gravel à participer à l’inauguration de la place McKean à Cagnicourt.

Sources : In Flanders Fields, musée de la Grande Guerre à Ypres, et Michel Gravel.