Les monuments aux morts du Pas-de-Calais sur la Toile

13 mai 2008

Inconcevable d’évoquer la quête de glorieux aïeux tombés à Verdun, en Artois… sans citer Mémoires de pierre. Le nom de ce site internet est dans toutes les conversations, de façon encore plus flagrante durant cette année du 90e anniversaire de la fin de la Grande Guerre. Ivan Pacheka est l’inventeur (en 2001), animateur, modérateur, fervent défenseur de ce site dont l’ambition est de recenser de façon exhaustive tous les monuments commémoratifs du Pas-de-Calais. « J’en ai pour vingt ans », sourit il.

Sa phase de recensement n’est pas encore achevée. Il y a pourtant déjà 1 083 fiches, 1 367 photographies, 39 667 noms de victimes civiles et militaires sur Mémoires de pierre ! Grande Guerre mais aussi Seconde Guerre mondiale, guerre d’Algérie. Monuments aux morts, plaques, cimetières militaires, vitraux, etc. Tous les lieux de mémoire sont passés au peigne fin.

Un mouvement unique

Originaire d’Amettes, licencié en histoire, Ivan a entamé ce travail lorsqu’il était emploi jeune au service départemental de l’Office national des anciens combattants. « Rien n’avait été fait sur les monuments aux morts et j’ai voulu m’intéresser à ce mouvement unique dans notre histoire. » Mouvement unaniment soutenu et « fulgurant de rapidité ». Dès le milieu des années 1920, la majorité des monuments se dressaient sur les places, près des églises ou près des mairies. Sur les 915 communes que comptait alors le Pas-de-Calais, seules quatorze n’élevèrent pas de monument aux morts. Attiré au départ par l’aspect architectural, par la démarche de la population (le monument fut avant tout une affaire privée, l’État prenant le train en route en octobre 1919), Ivan Pacheka se pencha très vite sur les listes de noms de soldats morts pour la France. « Aujourd’hui chaque nom s’impose à moi. » Avec l’aide, entre autres, de Mémoire des hommes, site internet du ministère de la Défense mettant à la disposition du grand public les fiches biographiques des morts pour la France, Ivan souhaite que ces listes ne soient plus figées. Derrière chaque nom, poussent des dates, des parcours. Mémoires de pierre a été lancé en 2002, sous le signe du partage. Avec les généalogistes, les familles, les historiens. « Je suis d’abord un relais. Je mets en ligne de la matière brute en citant mes sources. Je vérifie toujours mes informations et j’invite à aller plus loin. » Aux archives départementales par exemple où Ivan est actuellement assistant de conservation du patrimoine. Attention, Mémoires de pierre n’a rien à voir avec son métier ! Passion et bénévolat. « Deux heures tous les soirs depuis que je suis papa. » Des heures pour « consolider » ces fameuses listes, retrouver des noms effacés, répondre aux courriels. « À Blendecques, nous avons pu faire rajouter un nom sur le monument en 2005. Il avait été carrément oublié après la guerre ! » Ivan peut citer une kyrielle d’anecdotes aussi émouvantes : rien à voir avec une nostalgie guerrière ; l’humanité est le socle de Mémoires de pierre, la paix sa seule effigie. Pour cet ancien objecteur de conscience, l’idée fixe est d’expliquer, aux jeunes générations notamment, que le monument aux morts est à part dans le mobilier urbain. « Ce n’est pas uniquement l’endroit où l’on peut se faire des bisous à l’ombre, l’été ! Le monument aux morts est chargé de transmettre l’écho de la folie des hommes, de nous transmettre le rude prix de la liberté. » De puissants symboles sur lesquels doivent veiller les collectivités locales. Et ne pas oublier de restaurer - ce sont des octogénaires fragiles -, ne pas déplacer n’importe où, n’importe comment. Le monument aux morts est un monument historique, on ne peut plus historique.

Christian Defrance

http://pagesperso-orange.fr/memoiresdepierre/

Ivan Pacheka, 34 ans, répète à l’envi que les historiens de France et de Navarre s’intéressent depuis quelques années déjà aux monuments commémoratifs : Antoine Prost en 1977, Annette Becker en 1988. Les monuments aux morts du Pas-de-Calais ont fait l’objet d’une thèse soutenue en 2000 par Bénédicte Grailles ; B. Grailles auteur en 1992 de « Mémoires de pierre. Les monuments aux morts de la Première Guerre mondiale dans le Pas-de-Calais ». L’avènement de la généalogie, la recherche des racines ont amplifié l’intérêt porté à ces monuments et aux noms qu’ils portent. Si Mémoires de pierre est un site exceptionnel - en espérant qu’Ivan Pacheka puisse doper sa mémoire vive -, il n’est pas unique en France. Un site de « travaux dirigés » sur les monuments aux morts a été réalisé par exemple par les classes de première du lycée Madame-de-Staël de Montluçon. « Le but du travail était d’appréhender la réalité de la “saignée” de la Grande Guerre dans les communes rurales du nord de l’Auvergne. » Pour chaque commune : une photographie du monument, l’emplacement, la date de construction, la liste des morts pour la France avec date de décès, lieu de décès, causes… Bon nombre de ces soldats ont quitté l’Allier, la Creuse, le Puy-de-Dôme pour venir mourir dans le Pas-de-Calais. Sur les 160 « enfants » de Montluçon tués durant la Grande Guerre, une dizaine l’ont été dans notre département : Thélus, Grenay, Wailly, Neuville-Saint-Vaast, Hersin, Écurie, Bully-les-Mines…


La Grande Guerre racontée aux Méricourtois

13 mai 2008

Passionné par l’histoire locale et « citoyen impliqué », Jean-Claude Hénaut prépare avec le concours du centre culturel et social Max-Pol Fouchet de Méricourt, le 90e anniversaire de la fin de la Grande Guerre. Il a imaginé une randonnée contée (la date n’est pas encore connue avec précision) à travers les rues de la ville à partir de documents que son père lui avait confiés. « J’ai sorti cet album de photographies et cartes postales il n’y a pas longtemps. » Cartes postales et photos qui l’ont beaucoup ému et l’ont incité à « écrire » cette randonnée évoquant Méricourt durant la Grande Guerre. « Sortir des tranchées, ne pas oublier les hommes et ne pas seulement mettre à l’honneur les généraux. » Au dos des cartes postales, des courriers envoyés par une famille méricourtoise, par Henri Lévecque (adjudant du 33e RI, tué dans la Somme en octobre 1916), entre autres, l’historien local a relevé beaucoup d’informations… Sur la situation des réfugiés par exemple. Méricourt, située sur la ligne de front (les « Prussiens » arrivant le 9 octobre 1916), fut évacuée. Le 17 avril 1917, l’armée allemande organisa cette évacuation vers la Belgique. Beaucoup d’habitants se retrouvèrent toutefois dans le Haut-pays d’Artois, du côté de Fruges. Jean-Claude Hénaut a décortiqué ces « lettres apaisantes. Il n’y a pas de violence dans les mots. On n’ignore pas la guerre mais on tourne autour ». Une langue de bois, langue « croix de bois ». À partir de ses documents, l’historien local a mis en scène des épisodes de la vie méricourtoise entre 1914 et 1919. Quarante-cinq minutes de marche pour évoquer six années terribles. « Après la catastrophe de Courrières en 1906, la population vivait un nouveau truc horrible ». Jean-Claude Hénaut a également lu « entre les noms » du monument aux morts. De Martial Deshorties mort pour la France le 18 août 1914 à Dinant, à Adolphe Donnez mort en captivité en Allemagne en décembre 1918, un hommage sera rendu à tous ces Méricourtois fauchés en pleine jeunesse. Durant la Première Guerre mondiale, la ville fut détruite à 100 %. En se retirant, l’ennemi fit sauter les cuvelages au niveau des nappes aquifères, détruisit les installations de surface des mines de Courrières et de Drocourt. Les premiers retours s’effectuant en 1920, la reconstruction étant achevée en 1930, marquée par une « fête de la Renaissance ».