L’Armée des Indes dans les tranchées
14 mai 2008Turbans, galettes de sarrasin, colliers de barbe « plaqués sur la figure et plus luisants qu’une aile de corbeau ». La présence de combattants de l’Armée des Indes, de septembre 1914 à novembre 1915, dans le nord de la France ne passa pas inaperçue. Dans la vallée de la Lys, la région de Lillers où se trouvaient leurs cantonnements, les témoignages teintés de fascination se sont succédé de génération en génération.
« Garçons et filles des villes, villages, lieux de cantonnement de ces troupes profitaient du moindre temps libre pour les rejoindre. Le côté exotique et mystérieux de ces hommes intriguait » écrit Dominique Faivre, dans Les Indiens 1914-1915, ouvrage paru en 2006 (année de l’Inde en France) et consacré au « sacrifice d’un peuple dans la boue d’Artois ». Le président de l’Arham – association de recherches historiques et archéologiques militaires – a travaillé de longues années sur le sujet. « Tout est en Angleterre, toute l’équipe de l’Arham s’est mobilisée pour étudier les documents (un gros boulot de traduction), pour éplucher les journaux de marche ». Se pencher sur l’Armée des Indes, premières troupes du Commonwealth auxquelles on ait fait appel, n’était pas chose aisée. D. Faivre a dû se familiariser avec les différentes ethnies : Sikhs, Gurkhas, Pendjabis musulmans… Valeureux guerriers associés aux offensives sanglantes de Neuve-Chapelle, Festubert. « Plus de six mille combattants furent tués en un an. »
Rassemblement des deux divisions dans le port de Marseille, passage par le camp de Cercottes près d’Orléans, départ vers le front, D. Faivre a suivi à la trace le Corps indien. Avant leur baptême du feu, il fallut les habiller, les habituer aux mulets « qui remplaçaient les éléphants », régler le problème de la nourriture : « pas de bœuf pour les uns, pas de porc pour les autres, sans oublier les végétariens ». Parmi les nombreuses photos, souvent inédites, du livre, figure ainsi un abattoir rituel de chèvres à Aire-sur-la-Lys. On y trouve aussi des reproductions des lithographies de Paul Sarrut rachetées sur Internet. Cet officier de liaison français s’est « promené » dans les cantonnements des troupes indiennes Warnes, Isbergues, Allouagne, Erny-Saint-Julien… pour dessiner sur le vif ces fascinants guerriers et officiers.
Avec la même précision, le président de l’Arham a relaté la « journée dramatique » du 23 novembre 1914 à Festubert, la bataille de Givenchy, le service médical, les pertes, les renforts, les cantonnements bien sûr. Une « suite » sur les grandes batailles de 1915, le départ de l’infanterie en novembre 1915 avec « discours d’adieu du prince de Galles au château de Mazinghem » était évoquée… L’Arham a en tout cas réalisé un « premier véritable travail d’envergure sur le Corps indien en Artois de 1914 à 1915 ».
Publié par cafarin