Une adresse de mémoire portugaise
Dans la mémoire collective c’est « une bataille oubliée, une bataille qui n’a pas marqué les esprits ». C’était il y a exactement quatre-vingt-dix ans, la bataille de la Lys. « Elle a pourtant marqué nos territoires », soutient Dominique Faivre, président de l’Arham – Association de recherches historiques, archéologiques et militaires. Merville, Estaires bombardées et détruites. Gros dégâts à Béthune. Le centre de Saint-Venant anéanti. Saint-Floris, Calonne-sur-la-Lys rasés… Bataille oubliée, vraiment ? Certainement pas au Portugal où cette « défaite avec des circonstances atténuantes » est devenue en un ciment de la nation.
Mardi 9 avril 1918, quatre heures et quart du matin, l’artillerie allemande déclenche l’offensive « Georgette » entre Armentières et Givenchy-lès-La Bassée. Les obus pleuvent, les gaz asphyxient. À 8 h 45, les troupes allemandes fondent sur les Britanniques et sur les Portugais « coincés au centre du dispositif ». Des Portugais en pleine relève « dont c’est le premier engagement massif sur le front » et qui compteront à la fin de ce sinistre mardi plus de sept mille tués, blessés ou disparus. Ils ont bien défendu Laventie, Richebourg. Le lendemain, ils résistent avec courage à La Couture. Les Allemands entrent dans Saint-Floris le 13 avril puis ils sont repoussés. « Tenez bon, les renforts arrivent » lance le 14 avril, le maréchal Foch nouveau commandant en chef des armées alliées en France. Dans tous les camps, les hommes sont épuisés, le front se stabilise aux portes de Robecq.
Nation européenne
Le 26 janvier 1917, « discrètement presque en cachette », les premières troupes du Corps expéditionnaire portugais avaient embarqué à Lisbonne. Leur destination : le port de Brest puis le secteur de défense de la 1ère Armée britannique dans la région d’Aire-sur-la-Lys. Durant dix mois, jusqu’en octobre 1918, 55 867 hommes ont rejoint les tranchées. Le Portugal était entré dans cette Grande Guerre aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne pour « maintenir ses possessions en Afrique et reconquérir une place perdue dans le concert des nations européennes ». Les Portugais avaient souffert énormément au cours de l’hiver 1917-1918. La pénurie générale des effectifs avait obligé le commandement anglais, dont ils relevaient, à les laisser au front pendant des périodes beaucoup trop longues… Le 9 avril 1918, » subissant le plus gros de l’attaque », leur résistance héroïque. Héroïsme palpable dans les allées du cimetière militaire de Richebourg l’Avoué (1 831 corps), devant la chapelle Notre-Dame-de-Fatima ou au pied du monument national portugais de La Couture inauguré le samedi 10 novembre 1928 : un soldat portugais encouragé par une République armée de la vieille épée des conquérants portugais, se débat contre un tragique squelette armé d’une faux.
« Le plus dur ce n’est pas de faire la guerre ; le plus difficile c’est d’y survivre » écrit José Rodrigues dos Santos dans « A Filha do Capitao », roman publié en 2004 ; troublante histoire d’amour se déroulant durant la Première Guerre mondiale. Un best-seller qui a permis au Portugal de « redécouvrir » cette Grande Guerre et… Saint-Venant. Car « La fille du capitaine » a pour théâtre La Peylouse, une grande maison de caractère, presque au bord de la Lys. Achetée il y a vingt-trois ans par Luce et Didier Rousseau, « sans connaître son histoire mais tout doucement on a compris… », avouent-ils. Vauban, le jardin créé par Flament dès 1877, et surtout juin 1917 quand La Peylouse devint la résidence officielle de Fernando Abreu Tamagnini, commandant du Corps expéditionnaire portugais. Une résidence où se retrouvaient militaires, journalistes, hommes d’État comme le président Machado. Les Portugais ont sonné à la porte de La Peylouse après le succès de « La fille du capitaine » ; avec eux, les propriétaires souhaitent faire de ce lieu « une adresse de mémoire portugaise, plus joyeuse qu’un cimetière militaire ». Didier songe à inviter des artistes du Land Art – il y a une réserve foncière de 1,7 hectare, une poudrière en cours de restauration – pour « illustrer la paix ». En attendant et dans le cadre du 90e anniversaire de la bataille de la Lys, La Peylouse accueillera le dimanche 12 avril à partir de 15 heures, le ministre de la Défense portugais et son homologue français. Nuno Severiano Texeira est ministre certes mais aussi historien, spécialiste de l’entrée du Portugal dans la Grande Guerre.
9 mai 2008 à 21:50
Livre magnifique que j’ai eu l’ occasion de lire em portugais, l’histoire est bouversante, et les 600 pages de ce gros pavé littéraire méritent bien toute notre attention et admiration….
En définitive, un véritable coup de coeur!!!!